NOVICIAT   D’ÉTERNITÉ 

SELON SAINT AUGUSTIN

  EXTRAITS du  LIVRE I « La Cité de Dieu »

Chapitre XXIX  Pages 1 à 7, 15 à 18, 70     

 Décryptage et Commentaires de l’auteur

   1   INTRODUCTION

 Du sujet      

   Théologiens ou grands philosophes, scientifiques ou astrophysiciens, de l’antiquité à nos jours, et nous tous aujourd’hui, dans cette période qui s’arc que boute comme un roseau, comme une fin de quelque chose, d’un temps humain, d’un cycle cosmique…nous ne cessons de nous interroger sur le sens de la vie, sur la prédominance de l’esprit sur la matière, sur le bien-fondé ou l’illusion des dogmes religieux, sur le message chrétien, mais aussi, sur l’ensemble de thèmes dérangeants tels que l’existence d’une vie par delà la vie humaine, frontière indicible entre réel et irréel, et, de manière sous-jacente sur la notion d’éternité ! Le mot est dit, sans tabou, sans a priori :

    Eternité !

   Les auteurs contemporains n’hésitent plus à écrire à son sujet  – comme pour mieux la débusquer! -, et ils tentent, par des témoignages troublants mais controversables, en toute bonne foi, d’en extraire des éléments de réflexion, des pistes à approfondir- tout nous paraît intéressant, sans pour autant être probant-!

 L’humanité souhaite l’éternité, la désire comme pour pérenniser sa vie d’ici-bas ou du moins l’envisage comme une éventuelle finalité à son existence même, ne se résolvant pas à accepter l’idée de néant. Et, de fait, dans le conscient collectif, l’éternité est devenue un thème emblématique, sorte de constante liée à la vie humaine elle-même, échappant aujourd’hui, le plus souvent, à toute idéologie ou appartenance religieuse;  se resituant dans un champ à la fois religieux, ésotérique voire cosmique.

  Ainsi, chacun d’entre nous se forge une idée de sa mort humaine, de son prolongement dans une autre dimension, comme pour donner un sens à sa vie même.     Se dire que subsistera quelque chose de son esprit, de son expérience humaine, de ses efforts, de sa foi…est un critère rassurant.

  Pour les croyants, « ce quelque chose » c’est l’âme, entité non incarnée à l’origine pourtant de notre être, qui en fait partie intégrante, qui nous dépasse, et qui interfère avec notre esprit, pour, à notre mort –je le crois-, nous transcende en faisant subsister, à travers elle-même, une certaine quintessence sublime et paisible de notre être, dépouillée de toutes les divagations ou douleurs liées à sa condition humaine.      

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     Dés lors, vie, mort et éternité se mélangent, nous interpellant, tour à tour, en notre for intérieur, dans un étrange tourbillon de pensées concordantes ou dissonantes, mais toujours étourdissantes, sans pour autant que l’on obtienne ni réponses ni certitudes …     

     La quête de l’homme sur le plan existentiel – quelle que soit son appartenance à une civilisation ou à une autre – dure depuis des milliers d’années, et n’est pas terminée, du reste, elle ne s’achèvera probablement jamais ! Les philosophes, les théologiens ont tous véhiculé des thèses approfondies sur un tel sujet, aux approches souvent difficiles, voire inaccessibles. 

    Aussi, il convient, je pense, d’ouvrir une réflexion spirituelle, sans prétention, qui, nous permette ensemble d’entrer dans la thèse chrétienne “d’éternité”     selon Saint Augustin, ce, à partir d’Extraits de son ouvrage précité :  « La Cité de Dieu »,      qui révélera la  juxtaposition étrange de cette notion d’éternité en notre humanité.

   Dans les textes choisis, le propos de Saint Augustin, s’il paraît, au premier abord, exigeant, presque donneur de leçons, peu à peu, par une argumentation soutenue, sans faux-semblants, va devenir pédagogue. Voulant convaincre plutôt qu’imposer.

 Saint Augustin prodigue ainsi, sans se lasser, des conseils avisés aux chrétiens de son époque, les persuadant d’adhérer pleinement au message du Christ, ce, quelque soit leur environnement, afin de parvenir, par une vie exemplaire, à cette éternité promise, qui, toutefois ne s’obtient, d’après lui, que par le mérite d’une vie faite de spiritualité et d’engagement, toutes ses déclarations sont menées avec douceur et fermeté, mais sans compromis possible, ses conseils s’avèrent, comme il peut être  constaté, toujours pertinents et applicables aujourd’hui aux hommes de bonne volonté.

 Le décryptage de ces extraits, accompagné de commentaires, ayant pour objectif d’apporter un éclairage au sein même du message chretien, avec le souhait que cette lecture incite chacun à découvrir les écrits magnifiques de Saint Augustin, et à aller toujours plus avant sur le chemin de la Foi !      

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  De mon cheminement    

  Qu’il me soit  permis dans ce récit d’apporter ma perception personnelle, celle d’une chrétienne au cheminement laborieux, tant sur le plan humain que spirituel, animée du seul désir de partager avec ses frères un chemin spirituel, sans se considérer pour autant, ni plus ni moins que tout autre de ses contemporains, mais, pour la Gloire de DIEU. 

  Auparavant, le parcours suivi s’était certes construit dans une succession de rencontres, d’études, de lectures…que je pensais aléatoires, mais que je n’imaginais en rien, me conduire sur un chemin de spiritualité !

  Ainsi, même s’il est vrai que la littérature, l’histoire et les sciences humaines m’ont passionnée dans mes jeunes années, et, comme pour chacun d’entre nous, m’ont structurée; le temps passant, j’en vins un jour à lire des ouvrages plus profonds, philosophiques, métaphysiques parmi lesquels, un, en particulier (- proposé par mon père, et oui… !! – ), à savoir le livre : « Grands Initiés », remarquable travail, écrit  par l’éminent scientifique et philosophe, Monsieur OSARIO, Professeur à la Sorbonne, que, certains contemporains « bien pensants », ont su habilement évincer, voire marginaliser.     

      Ses recherches intellectuelles, philosophiques, scientifiques n’avaient aucune frontière, elles ont dérangé, tout autant que ses contrats, déductions, toutes ses hypothèses ajoutant des complémentarités dans notre approche des religions, de la notion de Dieu, de l’Être Suprême.   

     Sa formidable connaissance des croyances à travers toutes les civilisations,  – à partir des biographies étayées de la vie des « initiés » au cours des siècles – nous éclairait. 

     Tout cela, dans une vision existentielle, laïque et universelle. J’appréciais le texte fourni, argumenté, objectif, novateur, dont certaines sont venues ajouter de multiples éléments de compréhension à ce que je cherchais intellectuellement. J’en ai pris bonne note.   

 Ce livre eut un effet déclencheur, car, il m’a fait prendre du recul, d’avoir un regard détaché, donc plus critique, sur les religions, et en particulier, envers la religion catholique, ma religion de naissance, dont certaines règles établies ne me paraissaient pas en correspondance avec l’histoire de Notre Seigneur Jésus- Christ et Son Message ainsi qu’avec la pratique spirituelle des premiers chrétiens.

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     Trop de dogmes établis au cours des siècles n’ont-ils pas mené à des dérives et excès de notre religion catholique, forte d’une puissance, non seulement spirituelle d’elle-même, mais également temporelle, face aux croyants démunis, et à leurs désespérances …  

      Et aujourd’hui, dans notre civilisation en totale mutation, l’Eglise catholique dans ses positionnements me paraît d’autant plus inadaptée, tant les enjeux sociétaux et humains refusent d’être pris en compte : dont le délicat celibat des pretres, les rejets et jugements des couples divorcés, et que dire de l’aspect rigoriste concernant une nécessité d’interruption de grossesse ! Mon activité dans le secteur tant de la santé que du juridique m’autorise à le déplorer, au vu des femmes en souffrance psychologique que j’ai dû approcher, et des conséquences dramatiques qui en ont résulté….

    Chaque homme ou femme, croyant ou non, catholique ou non, a besoin, a mon sens, de recevoir de l’amour, du soutien, de la compréhension, et non des jugements, des rejets voire parfois de l’exclusion, de la part, non seuleument, de la part de ses freres et soeurs en humanite, mais a plus forte raison, de maniere prioritaire, des membres de sa propre eglise !

    En effet, il est inacceptable que l’Eglise Catholique puisse juger les siens, jusqu’à les abandonner ? Elle regarde certes les préoccupations ou souffrances des hommes et femmes d’aujourd’hui, les constate, mais n’en tient pas compte ! J’ai pu le vérifier personnellement.    

   Paradoxalement, il m’a paru dommageable que l’Eglise Catholique ne  maintienne –dans ses églises, lors des Messes et Célébrations–  certains rituels liturgiques chrétiens initiaux ( peut-être pour assumer une certaine différence ou céder à une modernité, ce qui, dans le domaine de la spiritualité, de la prière, à mon sens, n’a pas lieu d’être…), et ce, sans tomber dans un intégrisme préjudiciable.

… à titre d’exemple (à l’exception de certaines paroisses) de longs temps de prières collectives  – comme au temps de Notre Seigneur Jésusà partir des Psaumes Bibliques, ces derniers n’ont plus d’exercice que dans les ABBAYES….avec des temps de silence !

  Ainsi, je regrette que notre Église ait délaissé les fondements  liés à son origine.  

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    Pas très à l’aise donc, envers le dogme catholique actuel, au vu de sa rigidité ou de la perte de ses pratiques, je priais à la manière d’une chrétienne en mal de patrie, en fait, j’étais devenu bien trop œcuménique pour me résoudre à un cloisonnement.    

      Laissant Dieu pourvoir à mes orientations !     

   Affranchie, je devenais une chrétienne libre d’aller et venir dans les églises ou les temples ! On m’accueillait toujours avec une grande cordialité et fraternité.

   A partir de là, je ne cessais de chercher de véritables réponses à ma quête spirituelle, essayant de découvrir une ouverture religieuse sans barrière, ce, à partir des recueils qui traitent d’autres religions, des rencontres avec des hommes de toutes origines (religieux ou laïques, universitaires..), dans le but d’écouter leurs pensées, de recueillir leurs témoignages.

   Et très vite, le choix de mes lectures s’orienta vers celui d’hommes et de femmes de Foi, les livres du Père VARILLON me guidaient, mais j’osais lire aussi des ouvrages du DALAÏ LAMA, de GANDHI ou de JEAN PAUL II, ou suivre les enseignements lors d’émissions télévisés de Monsieur EISENBERG, Rabbin (et aussi, de ses publications, avec un livre particulier : « Dieu et le juifs »).   

 Bien évidemment, dans cette société en perte de valeurs, privée de DIEU, j’ai eu le privilège également  d’assister à des reconstitutions bibliques tels que :

      « Jésus était son nom » réalisé par Monsieur Robert Hossein,

Quel honneur qu’il soit pour moi un ami, un frère, un des premiers à lire mes textes priants, à me soutenir…lui, converti et chretien croyant dans la lumière du monde, moi, dans l’ombre… !!

    Sa démarche consistait à remettre Dieu au sein de notre société, afin de lui redonner un sens.

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   N’était-il pas cet homme converti, qui, par vents et marées, faisait fi des détracteurs ou des critiques, criait à notre monde sa foi en DIEU, avec les mots, le visage d’un disciple ?   

 Rappeler sans cesse à tous qu’il faut aussi croire en l’homme, le voir, l’aider, l’AIMER, et, que c’est seulement en essayant de trouver les solutions aux problèmes qui nous entourent, en ne détournant pas nos regards, que nous rapprocherons de l’Essentiel…donc de DIEU !

  L’un n’allant pas sans l’autre.  

   Parallèlement à cette époque, j’ai entrepris la lecture et la compréhension de     la Sainte Bible (à dire vrai, ce monument d’ Écrit Sacré m’impressionnait jusqu’alors !), et,le travail  fut rude !

 De manière concomitante, je sentis le désir de lire les Oeuvres des Grands Saints, et de m’immerger au coeur de leur spiritualité ( je citerais en particulier les Œuvres de Saint Augustin, de Saint Jean de La Croix, de Sainte Thérèse d’Avila, de Saint François de Sales, de Saint J.M Vianney – très saint Curé d’ARS -, etc…).   

      Il nous appartient de s’interroger sur la force de leur Foi, sur l’exemplarité de leur chemin de vie, aussi, en ce qui me concerne, lorsque j’ai découvert ces vies animées par la force de l’Esprit, par une foi inébranlable, cela m’a dépassé, je n’arrivais pas à concevoir  à concevoir l’abnégation qui était la leur, le dépassement, mais par, je ne sais, quel phénomène leurs joies spirituelles me troublaient !

    Ce furent des années d’études.     

   J’ai donc été très longtemps un croyant qui priait, et errait aussi dans une sorte de “no man’s landsans trouver sa route, puis, un  jour, j’ai décidé de sortir du champ douloureux et stérile des tergiversations intellectuelles, philosophiques, générales ou personnelles, au sein duquel, je m’étais enfermée seule, et, de franchir le pas vers des frères en quête du chemin… en participant à des retraites spirituelles prodiguées par d’éminents théologiens (en particulier, le Père Michalon + , Fondateur du Centre œcuménique Chrétien de Lyon), ce fut déterminant.

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   L’enseignement reçu d’ordre théologique abordait non seulement l’étude Biblique, mais aussi les grands thèmes se rapportant aux valeurs chrétiennes ou existentielles, que l’ensemble des participants se devait d’assimiler peu à peu;  

  J’étais passionnée par cette voie de connaissance spirituelle,  consciente que  cet “ apprentissage”  – ce mot prendra son sens dans plusieurs de mes textes et travaux -, tout autant que la notion d’éternité souvent abordée, terme assez flou  qui a interpellé,  oh! combien! tous les laïcs ou les religieux présents à ces conférences, sans jamais faire envisager qu’un jour chacun devrait l’apprivoiser…

  Des rencontres avec des religieux, hommes ou femmes du milieu monastique, allaient orienter, sans le vouloir, le choix d’une étude sur le sujet.      

  Car, au fil des décennies, sans raison particulière, si ce n’est que d’y être, plusieurs fois par an (comme poussée par une voie intérieure…), j’éprouvais la nécessité de partir séjourner dans une Abbaye, ce monde de silence et de prière, dans lesquels les religieuses ou religieux “en clôture” m’accueillirent…     

   Une maison de spiritualité, un lieu propice au partage spirituel, au silence intérieur, à la méditation priante, à l’adoration…

   Aucune approche mystique et engagement n’étant pour autant à l’ordre du jour, je restais à la place qui était la mienne, cependant, j’ignorais encore combien cela serait déterminant sur le chemin de vie qui allait se dessiner pour moi….…

 Tout devait mûrir encore en moi, « on » en était à une sorte de mise en place modeste d’une situation spirituelle qui, pour en cette période-là, me convenait tout-à-fait.      

 Et, au retour d’un séjour en un tel lieu, je me devais de reprendre le cours de ma vie normale, bien que de suite absorbée par mon travail, ma famille, comme tout un chacun, je sentais que mon mental s’était renforcé, surfant sur la vague priante de l’ Abbaye !!  

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 Ces temps me donnaient en effet  tant de force, qu’ils me manquaient très vite, et, comme pour adoucir, combler le manque, je commençais par écrire des textes poétiques dits «priants», me laissant inspirer par ma foi, au gré des évènements et de mes ressentis.

    Il s’agissait d’une étape  supplémentaire par laquelle je priais DIEU autrement, donnant libre cours, sûrement bien maladroitement, à l’expression de ma dévotion, de mon espérance, et parfois de mes doutes…

     Quelques années plus tard, j’eus l’honneur de faire partie d’un Cercle d’auteurs, réunis par un Moine, qui nous appela « les veilleurs », pour la  publication du « Livre de la Prière » ( à titre bénévole pour tous) d’avoir un de mes texte inséré dans cet ouvrage priant.  

    Loin d’imaginer le chemin qui m’attendait encore,  ce «chemin intérieur» qui allait être bientôt au centre de ma vie (comme en parle si bien Sainte Thérèse d’Avila dans ses Œuvres );      

    Loin d’imaginer également qu’une expérience spirituelle ( “l’ expérience de Dieu” ) puisse m’arriver, et, même impensable pour moi d’être digne d’un tel événement extraordinaire, qui, cependant, allait bientôt survenir en changeant le sens de ma vie à tout jamais !

     Et, plus loin encore, à  pouvoir, comme aujourd’hui, entreprendre, au niveau que Dieu m’y autorise, des écrits de témoignage, de foi et d’espérance,  pour Sa Plus Grande Gloire ! !

      Avec le recul, je me rends compte que de nombreuses étapes se sont succédées me permettant progressivement d’apprendre à me décentrer de moi-même, d’abandonner cet ego si encombrant, de me vider de toutes pensées; si le lâcher-prise ainsi que certaines techniques de méditation ont pu apporter une aide d’apaisement à mon être profond, c’est en priant, en m’en remettant chaque jour à Dieu en tout et pour tout, que je parvenais  

 à échapper à moi-même pour correspondre au mieux à ce que l’Esprit divin attendait de mon être en devenir.

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      La méditation m’ayant apporté dans un premier temps  un « décentrement » (obtenue par “ la prière de méditation”, comme je l’appelle!), qui, à mon insu, par la Grâce de Dieu, m’a octroyé un état contemplatif adapté aux temps d’Adoration du Christ lors d’assemblées.  

    Aussi, dans un deuxième temps, cette pratique régulière de méditation en prière contemplative m’a-t-elle conduit, paradoxalement, à une sorte de recentrement sur moi-même, je me laissais glisser au fond de moi, ne sachant s’il y avait quelque chose à découvrir ou rien. Je restais là dans l’inertie de mes profondeurs.

     A  ce stade, la lecture de la trilogie de Madame Simone PACOT, en particulier le livre « Evangélisation des profondeurs» m’a apporté des éléments de réflexion importants.     

 Je suis très reconnaissante également d’avoir pu bénéficier de conversations privilégiées, avec les Moniales ou Moines de différentes abbayes et congrégations, d’avoir reçu des réponses adaptées à mes questionnements et au petit et médiocre niveau qui était le mien !

      Prenant conscience aujourd’hui du chemin si escarpé entrepris, je les en remercie d’autant, et surtout, pour avoir pris soin de moi avec tant de bienveillance.   

      Cette deuxième période aura donc eu pour effet de parachever, de manière  discrète mais efficace, ma préparation à vivre une approche d’ordre spirituelle, pour ne pas employer le terme de mystique.   

   De l’Ordre du Cénacle à celui des Bénédictins, ma route m’avait conduite à celui  des Cisterciens, découverte magnifique de Saint Bernard de Clairvaux, dont, bien que laïque, je devenais l’adepte….

   Toutes mes Sœurs, tous mes Frères de cet Ordre m’entraînèrent “ à l’exercice spirituel”, à “ la Prière”, au détachement…selon sa règle.  

    Le quotidien, avec ses aléas, ses difficultés, ses déceptions devenaient dérisoires, bien sûr, nous y sommes tous confrontés, et, je me devais d’y « faire face » ( surveillée de près par mon cher Papa ! aucune faiblesse n’étant autorisée ! ),

mais, j’apprenais différemment à me battre, à affronter, à surmonter, tout cela sans blesser, sans casser, sans détruire l’autre, et, ce n’était pas chose facile !

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  Et souvent, avec trop ou tant de naïveté,  parfois déconcertante, je croyais que tout le monde était  gentil et animé de bons sentiments!

  Mais, j’apprenais à respecter mes idéaux de Foi (et, à les faire accepter !), à tenter du mieux que je le pouvais à les mettre en pratique, ce qui, je le voyais, était dérangeant souvent autour de moi, ce qui n’arrivait pas à me satisfaire pleinement mais ne me faisait reculer en rien!!      

  Ma vie était double, incommode mais généreuse, car de mes profondeurs montaient sans cesse  mansuétude, respect, réconfort pour tous ceux et celles qui faisaient partie de ma vie humaine, même si je rêvais d’isolement, de solitude, de prière….

  Comme je l’ai évoqué précédemment, dès que je partais quelques jours en Abbaye, tout ce qui faisait ma vie dans la société était comme balayé, l’essentiel était devant moi dans le silence, la simplicité, et l’adhésion à un autre monde. Je ne m’appartenais plus.

   La Sainte Bible devenait maintenant un moyen de prières, de recueillement, Ancien Testament et Nouveau Testament, sans séparation aucune, étaient lus avec la même intensité, la même démarche pour APPRENDRE A LOUER DIEU.

   La route avait été longue, ardue, parfois décourageante, puis enthousiaste, j’approchais maintenant, d’une certaine sérénité spirituelle, pleine de doux moments;  puis soudain, un certain 08 Août 19.., sans rien attendre de ce jour-la, l’Événement imprévu, incroyable, impensable survint!

      Ce jour-là, DIEU avait décidé de venir à ma rencontre !

 L’Esprit  fondit en mon cœur ! Terrassée, déroutée, anéantie d’AMOUR …ma vie venait de basculer, rien ne serait plus comme avant, me sachant aimée de LUI, plus rien n’avait d’importance, je venais de recevoir le don suprême de SA Présence divine.

  Je compris que pour LUI RENDRE GRÂCE, je me devais un jour de le révéler, puisque Sa Lumière avait jailli en mon être, le changeant à tout jamais !

 La recevoir fut intense, en faire quelque chose, digne de Dieu,   était désormais le challenge !   

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« Dieu existe, je L’ai rencontré », livre d’André FROSSARD, Journaliste-Écrivain du XXème siècle, qui a si bien narré sa splendide rencontre avec Dieu, et sa conversion.   Lecture à recommander évidemment, car, nul ne saurait mieux décrire que lui, cet instant d’embrasement de vie par l’illumination divine, qui vous transforme à tout jamais.

     De mon côté, je sais que tout ce que j’ai pu ressentir n’a pu être exprimé, mais il m’a été possible, guidée par l’Esprit Saint, d’écrire, en toute humilité, plusieurs textes priants sur Sa venue exceptionnelle .      

    Cependant après la stupéfaction immédiate, le trouble, j’ai le souvenir des heures qui ont suivi, je me revois dans les couloirs de cette Abbaye, imbibée d’une joie inqualifiable, extraordinaire, il était 01h ou peut-être  02h du matin….j’ai erré un moment dans les couloirs sombres, puis, doucement,  je me suis mise à chanter, chanter pour REMERCIER DIEU !      

   Bonheur incommensurable !

   La question de savoir pourquoi cela venait de m’arriver m’avait effleuré, même si je me sentais honorée d’être connue de LUI, je ne comprenais pas pourquoi, moi,  je venais de recevoir une Telle Grâce par Sa Venue, et, en même temps, ce qu’IL pouvait attendre de moi, me terrifiait déjà !

  Peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir…

    Dans les mois qui suivirent, ivre de ce qui m’avait été offert, je prenais des résolutions drastiques que je n’arrivais bien sûr pas à tenir ! Je continuais souvent à trébucher, à tomber même ! Telle est la faiblesse humaine!  

    Pourtant, je voguais désormais entre deux univers, avec maintenant plus d’assurance, de souplesse, puisque mes jours étaient dominés par une force intérieure qui me venait de LUI qui  éclairait mes sens intérieurs, me prodiguant mille bienfaits insoupçonnés afin que je puisse effectuer les rectifications vers lesquelles il me fallait tendre…

sans pour autant ne jamais désirer de mon être aucune perfection, qui, elle, n’appartient qu’à Dieu Seul, de plus, sans que je m’en rende compte.  

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      De fait, la réalité de cette influence surnaturelle ET DIVINE s’imposait à moi, étant malgré tout très consciente de mon indignité à en bénéficier, mais IL EN AVAIT DÉCIDÉ ainsi, de mon côté, J’ACCEPTAIS TOUT DE LUI ET POUR LUI.  

      Univers parallèle qui me devenait de plus en plus, de mieux en mieux, perceptible, le jour comme la nuit, jusqu’à m’envelopper de douceurs incommensurables auxquelles je ne pouvais résister, dans une véritable « communion », mon être était à la disposition de DIEU, de Sa Volonté Divine, j’étais à Dieu. Tout est dit.

    Et je dois citer ici le témoignage sans faux semblant de Saint Augustin, dans ses « Confessions» Livre X, 27-29, quand il écrit :

« ..tu étais dedans, moi au dehors..tu étais avec moi sans que je fusse avec toi..» ;      Saint Augustin n’hésitant pas à s’autocritiquer sans indulgence, déclarant qu’il découvrait que Dieu était dans son intériorité, alors que lui se dispersait à Le chercher en vain dans le monde.     

   Humblement, je reconnais qu’il en avait été de même pour moi.

   En mon être, à présent existait un lieu où l’Esprit avait toute la place,  sollicitant des moments d’union, qui bouleversaient mes jours.

   Source de vie, source d’Amour, tout ce qui venait de LUI me submergeait ; tout ce qu’IL m’envoyait me troublait; j’étais dans “un état de béatitude total ”dans ce que je devais vivre.

    Je me suis habituée à mener deux vies à la fois pendant plus de trente ans, dans le secret avec LUI… j’avais toujours su qu’un jour il faudrait que LUI rende Gloire en évoquant  la Force de Sa Présence….reconnaissante de tant d’Amour reçu (menu du site, rubrique : “Réflexions” ).

 Cela établissait une convergence entre ici et là bas, entre notre humanité et Sa Divinité, entre notre vie humaine et notre prochaine éternité en LUI.

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    Ma foi chrétienne s’était épanouie, vibrant d’une intensité toute autre, plus j’avançais, plus l’ancrage « en mes profondeurs » (comme le dit aussi si bien, Simone PACOT dans son deuxième ouvrage « Osez la vie »)  m’apportait une espérance sans faille en LUI   en cette vie promise par les Saintes Ecritures, véritable «Éternité de vie»,

 mais, je mesurais la tâche immense de rester dans ma vie d’ici en tant  qu’apprentie, que novice telle qu’IL l’avait voulu… comprenant qu’en aidant les autres, en soignant les autres (mon métier), en les soutenant jusqu’à la limite de mes possibilités physiques, financières, je ne faisais que répondre à ce qu’IL attendait de moi.

   Qu’il soit appelé évidence ou certitude, je ressentais maintenant ce que devait être l’accomplissement d’une vie humaine, le Père Michalon nous l’avait répété si souvent répété  : « Dans toute épreuve ou difficulté, pour nous chrétiens, il convient de trouver un sens là où il n’y en a pas ».     

   Parfois, je baissais les bras, tant le courage me manquait, puis, soutenue par cette intériorité avec l’Esprit de Dieu qui m’animait depuis des décennies, je continuais à étudier, à apprendre…..et, Robert HOSSEIN me disait :

« quand on sait certaines choses, on se doit de s’impliquer, de soutenir, d’interpeller le monde.”

   J’essaie donc de mettre à profit son conseil, par l’amitié qui nous lie encore !

  D’éminents religieux ou laïques ont constitué de nombreux ouvrages remarquables sur le thème de l’éternité, à partir des textes bibliques, plus particulièrement évangéliques, issus du message christique.

  N’ayant pas de formation théologique me permettant de suivre une telle voie d’excellence, – humilité oblige! – je me suis résolue à approfondir la notion d’éternité, vue par Saint Augustin, essentiellement par des textes choisis dans son ouvrage :   «La Cité de Dieu», et à essayer, du mieux que je le pouvais, à les décrypter par quelques

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commentaires, les plus appropriés possibles ; sollicitant, dès à présent, l’indulgence des lecteurs face à mes lacunes, et les encourageant à poursuivre l’étude par d’autres approches.     

 Il est à rappeler ici le contexte d’écriture ayant motivé Saint Augustin, cela est venu naturellement pour lui, au vu des attaques faites contre le christianisme, que les Romains, dans les premiers siècles, rendaient responsable de leur déchéance ;      

  Saint Augustin, désapprouvant de telles accusations infondées, avait trouvé indispensable de défendre sa religion, expression de sa foi, – au sein d’une trilogie d’écrits à la fois historique et théologique, intitulée « La Cité de Dieu »  -, ce, d’une manière engagée, justifiant son positionnement de chrétien, en argumentant point par point, avec raison, foi, les critiques de ses détracteurs, jusqu’à les éradiquer. 

  Je renvoie, pour mémoire, à l’introduction de Jean-Claude ESLIN, dans les Éditions du Seuil de l’ouvrage, et, a la traduction proposée de celui-ci (que chacun peut consulter et lire aisément) ; néanmoins, au cours de cette étude, j’ai dû constater que toutes les traductions, toutes pourtant réalisées à partir du même Texte original, ontapportées parfois un sens différent, car, certains mots ou groupes de mots en latins, tels qu’utilisés par Saint Augustin, ayant, semble-t-il, donné lieu à certaines  interprétations.    

    Dès lors, afin d’avoir une meilleure approche du texte, j’ai été conseillé en cela par Madame CANEVET, Universitaire, Éminente spécialiste des Pères grecs, que je remercie vivement pour sa collaboration; cette dernière m’a en effet aidé à mettre en parallèle pour certains passages du texte, une autre traduction que celle proposée par les Editions du Seuil, et, citée ci-dessus, qui lui paraissait s’adapter davantage, ce, pour permettre au lecteur d’élaborer sa propre perception, dans le respect de la pensée augustinienne.

 « La Cité de Dieu » se présente donc, à la fois, comme la fresque d’une civilisation révolue, en plein déclin, mais aussi en plein débat d’idées philosophiques et spirituelles, et davantage encore comme un combat historique pour rétablir la réalité des faits.

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  Saint Augustin, en disciple du Christ, fait un plaidoyer, devenant, tour à tour, enseignement ou sermon, non pour faire la leçon aux chrétiens, mais plutôt pour engager tous ses contemporains à le suivre dans son cheminement.     

     Persuadée que son message s’adresse aussi aux chrétiens d’aujourd’hui, je prends la liberté d’affronter ces merveilleux écrits de Saint Augustin, souhaitant que la modeste interprétation, qui est la mienne, ne réduise le texte à une dimension individuelle, mais plutôt puisse le servir pour l’élever à la dimension du regard chrétien sur l’histoire du monde, telle que l’aurait souhaité Saint Augustin.

 ***   

DECRYPTAGE

LIVRE I

CHAPITRE XXIX – pages 70, 1 à 7, 15 à 18

   Sur le plan historique, le contexte de ce chapitre se situe en 410 après Jésus-Christ, lorsque les peuples barbares ont saccagé Rome sans avoir massacré les gens qui s’étaient réfugiés dans les Églises, car, ces barbares avaient été convertis et qu’ils étaient chrétiens comme eux.

 Quel que soit la foi en Dieu qui nous anime, sa plus ou moins grande intensité, ses plus ou moins grandes exigences, comment faire la route en cette vie sans en trahir l’essentiel ?

      Et peut-on appréhender notre vie humaine, avec tout ce qu’elle comporte de désirs inassouvis, de faiblesses décourageantes, de tourments engendrés le plus souvent par ces dernières, d’efforts vains, sans avoir d’encouragements, en subissant épreuves sur épreuves, sans avoir l’espérance d’une autre vie, d’une vie après la vie, et plus forte que la vie ?

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  Quel lien peut réunir notre vie humaine et notre aspiration à son prolongement ?

     Autant de questionnements qui vont trouver des réponses à partir des     Textes de Saint Augustin, ci-après choisis, même s’il convient  de rappeler que la présente étude a été réalisé d’après une traduction du texte original (et, non du texte original lui-même), d’une part,

et d’autre part, de préciser que le texte de Saint Augustin ne correspond également pas tout-à-fait au mot à mot du texte français ; ce qui induit pour nous d’émettre des nuances qui devront être, en conséquence, aussi prises en compte par les lecteurs, afin d’en sauvegarder, autant que possible, le sens initial.

     * à noter : Saint Augustin en guise de réponses – nous livre sa conception théologique, ce, semble-t-il, par dérision, vis-à-vis des lecteurs incroyants et opposés, il est à signaler que le texte original ne présente pas la pensée augustinienne sous une forme interrogative mais négative.

  I/ Premier Extrait

«  TOUTE LA FAMILLE DE DIEU SOUVERAIN ET VÉRITABLE A DONC SA CONSOLATION ; CONSOLATION QUI NE TROMPE PAS, QUI N’EST PAS FONDÉE SUR L’ESPÉRANCE DES CHOSES ÉPHÉMÈRES. ET CETTE VIE TEMPORELLE MÊME A-T-ELLE SUJET DE LA PRENDRE EN DÉGOÛT,  CETTE VIE, NOVICIAT DE L’ÉTERNITÉ, OU ELLE USE DES BIENS TERRESTRES COMME UNE ÉTRANGÈRE, SANS Y ARRÊTER SON CŒUR ; OU (où) LES MAUX NE SONT POUR ELLE     QU’ÉPREUVE OU CORRECTION (?)  »  …….

     En premier lieu, il convient de décrypter la formulation de la pensée de Saint Augustin , à savoir :

   L’homme dès qu’il est épris de son Dieu « souverain et véritable », à savoir le Christ, – et non épris de ces faux dieux ou idoles païennes de l’ancienne Rome- adhère à « toute la famille » (sous-entendu Sa famille de foi);

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  De fait, en tant que chrétien, il fait partie intégrante de “cette famille”, et n’est donc plus seul. C’est le Christ qui lui donne cette famille, qui comme dans toute famille, va  désormais l’amener à vivre dans un état de  « consolation», mais de quelle consolation l’auteur nous parle-t-il ?

    Cette « consolation », nous le pressentons bien, n’a rien de commun avec celle que nous recevons, que nous nous donnons en notre humanité, au sein de nos familles, cette consolation est en effet autre puisqu’elle s’institue en tant qu’essence même d’une famille qui rassemble des hommes et des femmes  aux valeurs identiques de foi chrétienne, elle “ne trompe pas ”, et ne peut tromper…

est-ce à dire qu’elle s’appuie sur d’autres critères que ceux de notre condition humaine, qui, en ce qui la concerne, pourrait se résumer à l’expression d’une fraternité compassionnelle mais, malheureusement parfois non sincère voire trompeuse ?

 Oui, semble nous dire Saint Augustin, cette « consolation » est différente essentiellement par les objectifs qui l’animent, car « elle n’est pas fondée sur l’espérance des choses éphémères », elle ne se « fonde » pas, c’est-à-dire elle ne s’appuie pas, ne repose en rien sur l’espérance des choses qui sont amenées à passer – il vaut mieux, pour notre compréhension, sous-tendre les mots : désirs ou souhaits plutôt que celui de « choses » -,

*Saint Augustin veut, sans aucun doute, parler ici de l’argent, des biens sous toutes leurs formes, du pouvoir, des liens entre les hommes, des passions, des plaisirs …      en fait tout ce qui constitue nos vies humaines ( mais qui, par leurs excès, conduisent trop souvent, à la perte de l’homme et à sa déchéance), à ce que nous souhaitons  atteindre, nous voulons posséder, soutirer en terme de satisfactions, nous nous employons à construire aussi, avec plus ou moins de succès, de droiture, de désintérêt, d’altruisme, d’amour….et d’une manière générale, avec si souvent de difficultés!

     Alors, Saint Augustin, lorsqu’il formule que “cette consolation ne se fonde pas”     sur des désirs « éphémères », n’est-ce pas pour nous dire que la nature de cette consolation, (de par son fondement même) ne peut être comparée à aucune autre, sous-entendu :  elle s’élève au-dessus, elle seule étant en mesure d’offrir à l’homme une voie spirituelle, opposant “cette consolation” à toute consolation liée à la vie humaine.

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      Cette première phrase est déjà forte de sens, elle situe le point de vue de Saint Augustin, le croyant, l’homme d’église, le disciple en son siècle, dont la vie passée (quelque peu tumultueuse avant sa conversion, en tout cas qualifiable d’humaine et de passionnée) a semble-t-il fortifié ce positionnement drastique.      

    Saint Augustin n’est pas, nous le savons par Ses fameuses « Confessions », un homme de compromis, entier, il s’est livré à Dieu, il est mort à lui-même, et sa vie nouvelle il l’a construite dans le Christ, dans Sa Parole, dans Son Message, dès lors, il prévient, met en garde que « la consolation » que l’homme attend, à laquelle chacun aspire, ne peut résider en aucune façon dans « l’espérance de désirs éphémères ».    

    Cette consolation s’offrira donc à l’homme qui a tout entrepris pour suivre le Christ en changeant sa vie et en rejetant, comme lui-même en son temps, ses anciens comportements.  

    La seconde phrase vient conforter son positionnement :    « Et cette vie temporelle même.. », à savoir cette vie, qui ne tient qu’un temps, qui ne dure pas, bien sûr, nous nous devons de la considérer comme telle; et, par le mot : «même » qu’il a  utilisé, ne faut-il pas percevoir toute la détermination de Saint Augustin, à nous faire comprendre que nous devons la vivre, dirions-nous à bon escient, en sachant que nous ne devons pas en faire n’importe quoi, que notre foi en Dieu doit nous donner la lucidité nécessaire pour y parvenir ?

  Car, l’aspect « temporel » c’est-à-dire encore une fois un cadre provisoire, laissant deviner déjà, à l’inverse, que l’espérance d’une autre vie, celle-là « intemporelle », peut s’offrir un jour à nous, mais comment l’obtenir? 

  Il suit en cela Saint Paul dans l’Epître aux Hébreux -11,6-  encourageant les hommes de bonne volonté à acquérir une foi solide, déterminante pour leur avenir :    « Or, sans la Foi, il est impossible de plaire à Dieu ; car, celui qui veut aller à Dieu, doit croire qu’IL existe, et qu’IL récompense ceux qui LE cherchent. »

  Ainsi, la Foi est absolument nécessaire à tout homme, car, sans la Foi, il paraît impossible de plaire à Dieu, et, on ne peut espérer y tendre qu’en croyant en LUI ; n’est-ce-donc pas en LE cherchant, “Ce Dieu Souverain”, que l’on recevra de LUI une récompense ?  

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     Saint Paul, n’en dit, à ce stade de ses écrits, pas davantage sur l’objet ou la nature de cette « récompense », toutefois, au 11,1-, en début de l’écrit, il pose la problématique à partir de laquelle, tout au long de l’Épître, il va argumenter, en particulier, à partir de témoignages bibliques, à savoir : « Or, la Foi est la garantie des biens que l’on espère…. ».  

 Et, Saint Augustin s’en est probablement inspiré, tant sur le fond que sur la forme, puisqu’il nous produit une antithèse à « ces biens que l’on espère », par l’usage risqué « des biens terrestres » qui nous sont accessibles.  

 Car, comme il a été énoncé supra, « cette vie temporelle» ne paraît donc plus une finalité pour l’homme, puisque une autre semble l’attendre quelque part, sous quelle forme, on peut se le demander, la réponse est aussi flou que large, il s’agit nous dit Saint Augustin « d’un bien».

      Un «bien» dont on pourrait bénéficier dans une autre vie,      ne serait-ce pas « l’éternité » ?  

    En conséquence, pour en être dignes, n’allons-nous pas devoir modifier tous les actes générés par notre vie humaine ?  Et serait-ce un engagement suffisant vis-à-vis de Dieu ?

   … “Et cette vie que toute la famille de Dieu « devrait » prendre en dégoût”,      (le traducteur a choisi une forme interrogative), alors que Saint Augustin, sous une forme négative, déclare sa pensée, à savoir que la famille de Dieu « ne doit absolument pas prendre en dégoût cette vie …», le sens diffère quelque peu.

 Saint Augustin a – d’une manière délibérée- décide de parler pour « elle », définie en tant que « famille du Dieu souverain et véritable »,

– c’est-a-dire à l’ensemble d’hommes et de femmes réunis par une même foi, en « famille » , comme cela a déjà été mentionné supra- .

     Cette  famille qui doit subir « cette vie temporelle » ( si éloignée, sous-entendu, du choix d’une vie en Dieu), envers qui chacun de ses membres est confronté, et se trouve dans l’obligation d’ y faire face et de composer.

   Saint Augustin veut en appeler au libre-arbitre de chacun, à sa liberté propre de faire les choix qui s’imposent en sa qualité de chrétien.

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 C’est comme s’il nous disait, vous vous devez par vos actes de marquer, de révéler votre Foi au monde. Poussant chaque être, d’une certaine manière, a son propre dépassement.

  « Cette famille » chrétienne ne peut s’extraire du monde, elle en fait partie, elle doit donc vivre dans le monde, éviter tous les ses excès, les passions toxiques, dirions-nous aujourd’hui, les dérives.., mais « elle » ne doit pas pour autant « la prendre en dégoût, cette vie »;      

« prendre en dégoût », les mots utilisés –même s’ils peuvent nous choquer- ne sont pas excessifs pour Saint Augustin, il assume, semble-t-il, le terme de : « dégoût », en référence à ce qu’il a pleinement connu dans sa vie d’avant, de « cette vie temporelle » sans retenue ni loi morale, qu’il ne renie pas puisqu’elle la conduite, par la Grâce de Dieu, à en comprendre      le non-sens;

sachant, en conséquence, mieux que nul autre, combien il est difficile de faire face à la vie humaine, de ne pas s’y perdre, d’y déployer des sentiments élevés, et encore davantage,  d’honorer des engagements spirituels, par une vie axée sur des principes forts, sans concessions, tels que ceux d’un croyant en Christ.

     Que d’efforts soutenus pour renoncer à la facilité, à l’égoïsme, à la lâcheté, aux plaisirs  qui se présentent à tous !     

      Il me paraît intéressant d’évoquer à ce sujet, la force de Sainte Thérèse d’Avila, qui, déjà très jeune, avait commencé à se défier du monde et de ses vanités”, elle, qui a su se consacrer toute entière au Maître Éternel.      

 Quand on sait l’inépuisable travail entrepris  -et, réalisé- par cette dernière (création et développement de l’Ordre des Déchaussées), mais, « elle s’est traînée », comme elle le dit d’elle-même, elle a dû tant de fois se faire violence face à l’abattement dans lequel ses maux physiques la plongeaient, laissant sa volonté se nourrir de sa FOI,

pour oser, seule, affronter non seulement le monde (les idées) de son temps, (et, à cette époque, pour une femme, il s’agissait d’une prouesse !!),

mais, aussi, tenir tête à l’inquisition, jusqu’à se déjouer de l’opposition tenace de certains dirigeants de l’Eglise Catholique espagnole à son encontre!!! Il convient de relater ici, comme elle le disait elle-même : « que c’était dans la pensée que DIEU est immuable et toujours également bon, qu’elle trouvait la source la plus riche de consolation à ses maux » (Extraits de la Bibliothèque de Prédication).

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     Sainte Thérèse d’Avila a ainsi trouvé, par la pratique de l’état contemplatif,  les forces du dépassement de soi dans l’œuvre à accomplir ( la réforme des monastères, et la vie « en étroite clôture » , dans le plus grand dénuement, aboutissant aux premiers ordres contemplatifs, monastères appelés aussi « carmes déchaux »),

à savoir le travail dont elle se savait investie par le Christ Lui-même, qui lui demandait de toujours avancer dans l’expression d’une foi en mouvement, d’une foi qui se vit, d’une foi vivante, espérant, quelque part, elle aussi, être rejointe par de nombreux  chrétiens.     

 Comme dans la vie exemplaire de Sainte Thérèse d’Avila, il est intéressant de constater chez Saint Augustin cette même énergie mise à la défense du Christianisme, et de façon concomitante, au service de la conversion des hommes; poussés tous deux par une foi que Dieu a voulu hors norme, si je peux me permettre, dont, tout un chacun peut bien sûr être envieux!  Mais surtout, s’en laisser inspirer !    

     Et, Saint Augustin voudrait donc que « toute la famille de Dieu »,    puisse, de façon lucide, voir en « cette vie » humaine tant de dangers, que – quelque part pour sa sauvegarde-, « elle »  soit –comme lui-même – enclin à la rejeter, à y vivre sans y adhérer totalement, à s’en écarter, pour mieux s’en protéger…    

     En cela, il se doit de l’aider en la prévenant, en la mettant en garde, « elle » pourra ainsi, selon lui, étant enseignée, éclairée, être en mesure de savoir rejeter ce qui ne lui correspond pas, et, puisqu’elle ne peut faire autrement que de séjourner « en cette vie », c’est-à-dire en ce monde, elle pourra choisir d’y vivre avec un certain recul, et s’en écarter quand cela est nécessaire .    

  Cette perception de Saint Augustin sur « cette vie » que « toute la famille de Dieu » ne devrait pas « prendre en dégoût », renforce le fait que l’homme a reçu « cette vie » de Dieu assortie du libre-arbitre, et, que, s’il est conscient qu’il ne peut en faire n’importe quoi, que la rigueur s’impose à lui, afin de plaire à Dieu, sa liberté lui donne le moyen de décider seul de ses comportements, décisions et actions pour y parvenir.

   Il peut, dès lors, en être déduit que Saint Augustin nous délivre là un premier message essentiel, à savoir que :

Dieu en offrant la vie humaine -avec ces aspects positifs et négatifs- est dans l’attente que les hommes choisissent de la surmonter sans la subir, mais surtout de l’accepter en renonçant à ce qu’ils savent au fond d’eux-mêmes devoir se défaire jusqu’à pouvoir transcender leur être entier VERS LUI .

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     La poursuite de la phrase est fondamentale, et, a motivé la présente étude 

    « la  prendre en dégoût, cette vie, NOVICIAT DE L’ÉTERNITÉ, »

  Si le mot « noviciat » s’appliquant à la vie, nous exprime bien, à nous hommes des temps modernes, plus qu’un passage, mais un réel stage d’apprentissage, un moment initiatique dans la vie présente, et par extension,    un tremplin incontournable à franchir pour espérer passer du monde réel à celui intemporel voire éternel ;

Il est à préciser que cette traduction se veut directe et contemporaine, alors qu’il convient de dire, que ce terme de « noviciat » et sa définition n’existaient pas du temps de Saint Augustin, du moins pas sous forme canonique;

      Saint Augustin  dit seulement :    

  “ où elle (cette vie) est instruite ( mot latin utilisé : « eruditur») en vue de“L’éternité”  ”

      Cette vie se doit d’être “instruite” en vue de bénéficier de l’Éternité !

   Soudain, le mot « Eternité » est dit !  

   Par ce mot, nous sommes transportés d’une joie formidable, d’une grande espérance !

 … mais, par le début de la phrase qui le précède que nous venons de décrypter, nous comprenons vite qu’il s’agit d’un couperet, puisque assorti d’une condition stricte!!

     Et oui, direct, Saint Augustin sait l’être, sans faux-semblants, jusqu’à en devenir moralisateur lorsqu’il s’adresse ainsi à ses frères!

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   Notons au passage que les siècles ont passé depuis le travail d’écriture de Saint Augustin, cependant l’approche de la vie, de son existence à sa disparition, de la Foi en Dieu – germe et finalité– reste la même. Ne sommes-nous pas confrontés, tous et toutes, à savoir gérer nos vies avec un sens moral, voire religieux ?  

     L’utilité de cette vie, « cette vie, noviciat de l’éternité », attachons-nous à comprendre qu’il s’agit, en vérité, d’un véritable temps d’instruction, ce qui a poussé le traducteur à choisir le terme de « noviciat »

 Ce sens du terme de « noviciat », on va le retrouver dans le cadre profane ou monastique, c’est un temps destiné à  s’instruire, à apprendre.      

 APPRENDRE !

   L’homme chretien se doit donc, non d’acquérir strictement des connaissances, mais surtout de s’instruire en matière spirituelle, et d’apprendre à se diriger lui-même, pour plaire à Dieu, et réaliser son élévation future !

     La vie d’un croyant serait donc un temps pour apprendre !

Apprendre à se protéger de soi-même et du monde!

Apprendre  la manière d’aborder les difficultés, les tentations, les joies, enfin toutes ces émotions qui  témoignent que nous vivons….

Apprendre à suivre l’enseignement du Christ,

Apprendre la manière d’appréhender différemment et avec bienveillance les autres,

 Apprendre à grandir intérieurement, et ce voyage va devenir un apprentissage.  

Avec l’aide de Dieu,      

 L’apprenti est désormais le propre constructeur de sa vie, de son être profond, et de son devenir.

Découvrir une vie nouvelle faite de sagesse, et non de légèreté, de rigueur et non de laxisme, de compassion et non d’humeur, d’humilité et non d’orgueil.  

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     Ainsi, un homme qui se destine à la vie contemplative, tout comme une femme, avant d’être appelé(e) -moine ou moniale-, se nomme « novice» ; (c’est pour cela que j‘ai choisi d’évoquer Sainte Thérèse d’Avila qui a connu un tel cheminement); ce « novice » est là, au milieu des autres, dans une vie collective , dans l’abnégation de sa vie précédente,  par une démarche significative de détachement, de libération en quelque sorte, en phase d’apprentissage, en route vers la découverte d’une autre vie… une vie en Dieu.    

    Si notre vie temporelle est une sorte de « noviciat » au monde, elle est le challenge à réussir, à nous d’y faire face, pour ce faire, nous ne sommes ni seuls ni démunis, en effet, pour y parvenir, Dieu dispose, en nous mille bienfaits (dont nous voyonspas les signes de force et de sagesse divines qui s’y rattachent) et, met autour de nous, des êtres choisis (dont nous discernons pas non plus l’importance et la bienveillance).      

   Et  pour ce faire, cette vie qui nous a été donnée, elle se doit d’« être instruite », aussi ne devons-nous pas nous laisser instruire par Dieu et Ses Lois tout autant que par le Message du Christ ?  Nous laisser guider des frères plus avancés spirituellement que nous?  Apprendre à intérioriser notre être ?   

Dans ce  temps d’humanité, donc de « noviciat »,  

Dieu attend de nous  – en réponse ultime à Son Désir, à Son Dessein pour nous-, un dépassement, une surélévation de nos perceptions humaines face à la vie qu’IL nous donne à vivre,

 Dieu attend de nous un temps d’apprentissage au prix d’engagements, de choix, d’efforts de toutes natures, – comme nous l’avons déjà mis en évidence auparavant-, cela nous demandant de lutter contre nous-mêmes, c’est-à-dire d’aller à l’encontre de la facilité, de nos penchants.   

   Cette vie est donc un temps éducatif à franchir, au nom de notre foi en Dieu (thème abordé ensuite par S.A.).

    Le  « Noviciat » tel que proposé, n’est donc pas un simple “pèlerinage il apparaît comme l’épreuve ultime à accomplir, à franchir, pour correspondre au Désir de DIEU (thème qui sera également abordé par S.A.).    

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     Quand dans le texte la notion d’apprentissage s’accompagne du mot :   « d’éternité »,  (en fait  « en vue de l’éternité » au sens littéral du texte -) , Saint Augustin, ne semble-t-il pas nous dire :

      à vous de voir, si vous concevez votre vie humaine tel un apprentissage du message christique, alors, dans ce cas, cette instruction doit se faire par sa mise en pratique qui seule peut vous conduire à l’éternité !

 Saint Augustin nous déclarant simplement que la vie d’ici-bas, n’étant que passage, elle est le germe de notre vie future; ce « noviciat de l’Éternité » prenant forme au sein de notre vie humaine nous permettra, pas à pas, au cours de ce voyage initiatique, de nous préparer, de nous amener vers la « terre promise » qui est l’Éternité en Dieu.

      Il n’évoque à aucun moment l’éventualité que ce « noviciat » doive continuer, après même notre vie humaine  – dans cet au-delà que nous espérons empli de l’Amour de Dieu, entouré de nos familles, de nos frères – ; mais, au vu de notre indignité, pour nous chrétiens, il semble raisonnablement envisageable que nous devions encore avancer en spiritualité, au delà de notre mort humaine, afin d’acquérir un mérite en correspondance aux desseins de Dieu pour nous..    

    Ainsi, c’est par le chemin pris par « toute la famille de Dieu », tel qu’il est enseigné dans les Evangiles de Notre Seigneur Jésus Christ – par l’évocation de Sa vie humaine-, que nous sommes tous invités à trouver comment appliquer les lois divines, qui, elles seules, sont à même de nous guider dans ce temps d’apprentissage, nous encourageant à persévérer chacun du mieux qu’il le peut !   

 Apprendre, d’une part, à regarder certes autour de soi, la misère, la peur, le chagrin, et réagir pour soulager, et d’autre part, apprendre à regarder les méandres de sa propre vie, et à les “corriger – ou plutôt  “se” corriger-,    n’est-ce pas la réponse souhaitée  par le Christ ?

 Sur la nature de nos actes propres, dans ce domaine, il est vrai que Saint Augustin a testé la démarche avant nous; sa très Sainte mère Monique, l’encourageant sans cesse à évoluer, à prendre conscience de ses faiblesses, de ses erreurs, de ses manquements… à changer de vie !

 Et, il lui a fallu trouver volonté et courage dans cette  lutte contre lui-même afin d’y parvenir!     

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     Dans la suite de la phrase :

« noviciat de l’éternité, où elle use des biens terrestres comme une étrangère, sans y arrêter son cœur»,

     Sur le plan historique, en premier lieu, cette « étrangère » pourrait certes nommer ce peuple de barbares, qui, bien que chrétiens, a envahi Rome, et, qui, sans scrupules, a voulu anéantir toute sa population (à l’exception des chrétiens romains réfugiés dans les églises), brûlant, pillant, volant, violant…

 Est-ce à dire que ce peuple chrétien, bien qu’ayant été instruit à la foi chrétienne, et à avoir embrasé son dogme, n’était qu’un simulacre de peuple chrétien, puisqu’il ne répandait que violence, souffrance et barbarie ?     

   Ensuite, l’expression « s’arrêter » n’est pas dans le texte littéral de Saint Augustin, dont les mots utilisés signifient : « sans être prise -captée -par eux » ;

 et, il n’est nulle part question de «cœur» dans le texte original, il convient donc de tenir compte de ces différences, dans la présente analyse et ses commentaires.  

 « Cette famille chrétienne » (sous-entendu romaine), qui, n’a été ni capturée ni massacrée par les barbares envahisseurs -contrairement à tous ses frères romains non chrétiens-, ayant été épargnée, peut donc profiter de la vie et, user des biens terrestres.

      Jusques là, tout va bien, quoi de plus normal «d’user des biens terrestres » puisque la vie des chrétiens a pu se maintenir dans ces temps troublés de Rome ;   Saint Augustin semble déclarer que «toute la famille de Dieu » est romaine (en sous-entendu), faisant  –comme il a été signalé supra-, une franche distinction entre la vraie famille chrétienne, c’est-à-dire romaine,  et la fausse, cet ensemble de barbares convertis au Christianisme.    

    Cette « famille de Dieu », la famille de chrétiens de Rome, Saint Augustin veut montrer sa nature par la véritable foi, la confiance en Dieu qui est la sienne,( – puisqu’elle s’est réfugiée dans les églises pour s’en remettre à la protection de Dieu, et que cela l’a sauvée -), ce, à chacun de ses contemporains critiques du Christianisme, n’hésitant pas à

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dénoncer que la “ fausse famille chrétienne” est la source de toutes les misères de Rome,   (il y reviendra du reste un peu plus en avant dans le texte). Premiers propos importants que Saint Augustin semble adresser à l’encontre des détracteurs du Christianisme de son temps.

      Sur le plan de la spiritualité, tout être humain en cette vie peut en toute liberté « user des biens terrestres » en toute normalité, puisque, Dieu, selon les textes de la Genèse, les a mis à sa disposition;   

    Mais, dans la lecture de “ La Cité de Dieu” du Livre I, en particulier les chapitre I à XII, il est intéressant aussi de noter la notion de pauvreté volontaire que doit-être celle du chrétien face à l’opulence du monde, quelque soit la société dans laquelle il vit, je cite : avec sécurité et joie, et encore : “en leur apprenant – par la parole divine – à aimer un bien incorruptible, età ne désirer quel’opulence spirituelle (enpage 48, chapitre X  2ème partie),et, (en page 49, chapitre XI) “une leçon d’abstinence plus étroite” ;   

 Il signifie ainsi à chaque chrétien qu’il doit s’attacher, non aux biens terrestres mais tendre vers des biens spirituels, sans rechercher la richesse si ce n’est celle de la spiritualité, et opter pour des comportements modérés en tout “en vue de l’éternité”.    

      Mais cela se complique, avec le reste de la phrase qui suit :  « comme une étrangère, sans y arrêter son cœur », c’est-à-dire dans le texte original, nous l’avons vu précédemment « sans être prise ou captée par eux » ;

     Saint Augustin met dans la formulation « toute la famille de Dieu » , à savoir les chrétiens hommes et femmes, comme cela a ete vu, ( le  mot « elle » représente bien sûr celui de « famille », dans cette phrase), rassemblés en une famille fédérée par le Christianisme, qui vit une vie humaine, toutefois, en conformité avec le message christique (les chrétiens romains), totalement en marge de la vie menée par les des barbares convertis;      

    La vraie famille de chrétiens ne doit d’aucune façon, dit Saint Augustin, même si elle n’a pas été physiquement agressée par l’autre (la fausse) -sous-entendu à qui elle doit une certaine reconnaissance pour sa survie, sans que cela justifie une autre type de contribution ou d’aliénation -, elle ne peut pas, ne doit pas se laisser influencer par ces derniers au point d’être «captée», jusqu’à adopter leur façon de  vivre, autrement dit, tomber dans les frasques de vie, non dissimulées des barbares, en subissant leurs néfastes influences. 

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  Et, « le dégoût de cette vie» serait légitime de s’emparer de la vraie famille chrétienne, de toute évidence Saint Augustin pensant que forte de sa foi, elle ne peut, en effet, n’avoir que du dégoût, vis à vis d’une vie sans morale;

  Aussi, en conséquence, “elle” doit se situer dans un climat de méfiance face à ces chrétiens, qui n’en sont pas, ou seulement en apparence, être vigilante pour ne pas adopter leurs pratiques de vie.

    Si le traducteur a choisi, comme il a été relevé, une fin de phrase un peu différente de la formule réelle du texte de Saint Augustin : « prise par eux ou captée », en déclarant : « sans y arrêter son cœur », c’est probablement avec la bonne intention de nous indiquer que «cette famille chrétienne» telle que  décrite par Saint Augustin, puisqu’elle a su rejeter les débordements, les tentations de toutes sortes qui sont en totale opposition à son choix de vie, c’est qu’en « elle-même », en son cœur, rien ne pouvait la détourner de sa vocation .     

  Saint Augustin, semble porter très  haut ses attentes vis-à-vis de la famille chrétienne, de ses comportements, qui, selon lui, ne peuvent être que différents des autres hommes, puisqu’elle est toute entière désireuse de plaire à Dieu 

  Et il est évident que la formulation : « sans y arrêter son cœur » ( même en ne correspondant que de façon éloigné au texte littéral) est véritablement à même d’éclairer la pensée de Saint Augustin, en lui donnant une consonance particulière et douloureuse, intimiste envers celui qui a justement si longtemps cherché Dieu ailleurs qu’en lui-même, qu’en son propre cœur, qu’en ses profondeurs intimes, où Dieu l’attendait,   

 (Rappel du passage de ses « Confessions » 12, 27 : « Je te cherchais hors de moi et je  ne trouvais pas(, parce que tu étais en moi », déjà évoqué supra );

    Car, il lui est impossible d’envisager que  « toute la famille de Dieu » puisse « être prise ou captée par eux” (à savoir par l’univers païen ou celui des faux chrétiens  – voire « sans ( y ) arrêter son cœur » -,  qu’ils réussissent à “la”  séduire   à “la” détourner de son engagement à vivre sa vie temporelle avec des valeurs chrétiennes … et, donc à se renier, à se perdre, comme cela a failli lui arriver, tant il était aveuglé.     

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   La fin de la phrase complète l’explication de Saint Augustin :

  « .. où les maux ne sont pour elle qu’épreuve ou correction. » 

   Un contexte personnel autant que collectif

  Le terme de “maux” peut se laisser comprendre dans un tel cadre d’autant que , Saint Augustin, n’a de cesse, dans le contenu de “La Cité de Dieu”, de solliciter chaque chrétien à entreprendre une certaine introspection, en se faisant de justes reproches relatifs à sa vie, à ses actes, comportements ou pensées, et ainsi, lui conseille d’apporter les corrections qui s’imposent, en matière de choix, d’objectifs, jusqu’à un véritable engagement et une vraie repentance;

  • Et si « les maux » ( à savoir, toutes les misères que l’homme subit, et qui sont souvent la traduction de ses propres erreurs ) ne peuvent être« qu’épreuve”, et donc épreuve à supporter,  ou”, l’obligation d’entraîner une “correction”, Saint Augustin, voudrait-il dire que les agissements humains en étant l’essence même  de ces propres maux, peuvent ou non générer des épreuves, en devant obliger à un ajustement d’attitude voire à une “correction” ?      

     On peut toutefois se demander si cette « correction » qui paraît nécessaire pour Saint Augustin, et qui est chargée en elle-même du salut espéré, peut vraiment aboutir par la seule volonté humaine, sans l’intervention de l’Esprit Divin…laissant ici chacun envisager ce point comme il le perçoit ou le ressent.

  • quant au terme de « correction » choisi par Saint Augustin, il révèle combien celui- ci n’ignore pas que « toute la famille de Dieu » va devoir y être confrontée, individuellement et/ou collectivement, pour mériter « la céleste patrie » !
  •  comment alors cette  famille de Dieu va-telle se comporter pour  assumer, participer, comprendre la véritable « correction », c’est-à-dire l’obligation que tout croyant, tout chrétien a de corriger ce qu’il a généré de néfaste pour lui-même autant que pour les autres, et, que cela soit concrètement en mesure d’entraîner un rejet radical de mauvaises habitudes de vie ?    

Pour Saint Augustin, semble constituer la seule exigence d’un chretien.  

      29

     Sur un plan historique et terminologique, d’après le texte original, « les maux » font aussi allusion à la chute de Rome, « l’épreuve » traduisant le terme latin de  « probatur», c’est-à-dire : testée, jugée, mise à l’épreuve ;      

   « Elle », la famille chrétienne, ne peut, sans réagir, au nom même de sa foi, se laisser aller à des comportements contraires à ses principes, se laisser corrompre, malmener par les séductions, idoles ou aléas de la vie humaine de cette société païenne, dans une telle coexistence, “elle” va ainsi être évaluée dans son ensemble par cette sorte de “mise à l’épreuve” permanente. 

 La chute de Rome symbolisée par le terme « maux » révèle ici le caractère catastrophique pour les chrétiens romains, ces «maux » ne vont-ils pas créer en effet autant « d’épreuves» humaines que spirituelles à traverser ?     

    Les Pères de l’Eglise, à propos des très justes « corrections » pensent que le châtiment n’est pas une simple punition, comme nous avons tendance à le penser, mais être de réels  éléments qui permettent à l’homme de découvrir s’ il a fait de mauvais choix, et donc, de revenir librement, par raison, au bien.      

    Dans notre monde contemporain, la pauvreté, les désordres climatiques, la violence, le terrorisme, la pandémie, etc.., ne sont-ils pas autant de « corrections », donc de sonnettes d’alarme, qui sont donnés a tous, afin de faire prendre collectivement conscience que de nombreux choix etaient mauvais et qu’ils appartenaient aux societes humaines de les “corriger” ?     

     Il est à noter ici que les termes de « maux » et d’«épreuve» semblent inextricablement liés pour Saint Augustin, car, dans certains passages, il ne va pas hésiter à se servir de l’un plutôt que de l’autre, l’un semblant induire l’autre, et vice-versa, probable tactique pour inciter le lecteur à le suivre dans sa démarche, dans sa pensée, et à le ramener où il le désire.    

     Cette famille chrétienne va devoir subir (ou s’infliger à elle-même ? ) des «corrections» à ses comportements; par ce terme, il faut, je pense aussi entendre qu’elle devra faire preuve d’exemplarité, de moralité, voire d’effort de repentance, auxquels, dans cette période troublé de la Rome antique, les chrétiens contemporains de Saint Augustin allaient être durement confrontés, et devoir démontrer la valeur de leur foi, et surtout l’adéquation de leurs choix de vie avec cette dernière.     

  30    

  Sur le plan de la spiritualité

     Comment cette famille chrétienne va-t-elle s’adapter dans une telle société en déclin, sans repères ?   

   Les chrétiens, par leurs attitudes de vie, parfois leurs lâchetés, ne risquent-ils pas de compromettre non seulement l’espérance de leur propre éternité à venir mais aussi la pérennité du Christianisme dans le monde?      

    En effet, de nombreuses interrogations se posent…on peut se demander, dans un tel contexte de décadence, de troubles, si cette famille de chrétiens va pouvoir réussir, à rester fidèle à elle-même, et à pouvoir en même temps maintenir et promouvoir son dogme… Et quels moyens seront les siens pour se mettre à l’abri des faux cultes et des vies perverties qui l’entourent ?      Pourra-t-elle parvenir à mener ce combat sans défaillir ?     

  Mais, sorti de son cadre historique, l’idée est toujours la même, comme cela a été précisé, pour hier comme pour aujourd’hui, Saint Augustin, met l’homme face à ses choix de vie temporelle qui, pour lui, sont déterminants afin d’assurer l’immortalité de leur âme.

   La barre est haute ! Chacun devant  faire face à sa responsabilité personnelle autant que collective, et pour cela, se doit d’être très exigeant dans le choix et la réalisation de ses actes, non seulement sur un plan moral mais aussi spirituel.    

      Saint Augustin va développer grâce au  mot «éternité» sa théorie spirituelle,

fondée sur le fait que tout homme (ce, depuis toujours et quelque soit sa condition) souhaite, qu’à l’achèvement de sa vie humaine, il puisse  poursuivre un chemin de vie dans un «ailleurs -même  inconnu-», finalisant sa vie présente, et capable de le rapprocher du Père Créateur

 en nous déclarant qu’il faut le mériter, et qu’ y croire ou le désirer, ne peut suffire     pour y parvenir.

      Saint Augustin, en fin pédagogue, par ce mot “d’éternité”, veut sensibiliser le croyant à son devenir et à l’évolution indispensable qu’il doit mener dans ses comportements de vie.    

   31

      Sainte Thérèse d’Avila disait justement :    

      « –se convertir-, en pensant à deux mots : « toujours ou jamais ! »

    Se convertir, voilà justement où Saint Augustin veut conduire le lecteur !

 ***     

II/ Deuxième Extrait

« QUAND IL (DIEU) ME PIQUE DE L’AIGUILLON DE L’ADVERSITÉ, C’EST QU’IL ÉPROUVE MA VERTU OU CHÂTIE MES OFFENSES ; ET POUR CES MAUX TEMPORELS PIEUSEMENT SOUFFERTS, IL ME DESTINE UNE RÉCOMPENSE ÉTERNELLE. »

     Ainsi, dans le même paragraphe, la phrase, ci-dessus qui suit, insiste sur ce qui a été dit précédemment, mais apporte un éclairage  particulier sur la notion “d’une récompense éternelle”.

   S’inspirant ici de la Parole de Notre Seigneur Jésus-Christ qui, sans répit, a encouragé ses disciples à supporter leurs souffrances en leur disant :

« Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans le ciel». Evangile de Saint Matthieu -5,12-  

Où l’idée de récompense se précise ….   

  Alors ces « maux » que l’homme fabrique, en quelque sorte, contre lui-même ou/et contre les autres, acceptant de les subir avec fatalité voire laxisme,  –ce qui, entre nous, revient au même, ne doit-il donc pas considérer autrement   ”l’épreuve” qui en découle ?

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      Le chretien, dans une posture consentie d’acceptation,qui échappe certes au sens commun- est en mesure de transcender « l’épreuve », d’en faire quelque chose de plus haut, de plus élevé ….

 Précédemment au chapitre XI, déjà, Saint Augustin avance que :

« Pour ceux qu’elle tue, cette famine est, comme la maladie, une délivrance des maux de cette vie ; pour ceux qu’elle épargne, une leçon d’abstinence plus étroite, et de jeûnes plus longs »,     

sous-entendu, si la famine voire la maladie peuvent « tuer » l’homme qu’elles atteignent, ces dernières ont au moins l’avantage de le délivrer  -certes, de façon définitive- des « maux de cette vie » (puisqu’elles font partie de ces maux ), sans que l’homme n’ait plus rien à craindre, la mort , n’est-elle pas, en effet, le moyen de partir plus vite vers le Royaume de Dieu ?

  Par cette phrase, Saint Augustin ne lésine pas, « les maux » sont terribles à vivre,  en conséquence, « la délivrance » vaut mieux que de les subir encore et encore dans cette vie !!

  N’est-il pas aussi possible d’y voir qu’une sorte de «leçon» soit faite aux chrétiens, qui, à la différence des autres, pour Saint Augustin, se doivent – d’être dans une bonne observance de vie quotidienne – ?

  En dégageant un sens premier, à savoir celui de :     

– de limiter, de réguler sa nourriture, sa boisson etc… « par des jeûnes plus longs », ce, afin de la maladie, et donc d’ «d’être épargné », d’être délivré de certains « maux de cette vie » ;

 Puis un sens un plus élargi :    

– avec le devoir de freiner l’ensemble de ses instincts, de ses passions…conseillant une « abstinence plus étroite », plus strict en somme de tous ses actes, même les plus intimes !

     Même s’il sait de quoi il parle, par rapport à son expérience de vie, à ses excès…      Saint Augustin décidément met a tous une certaine pression !!

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 La prévention, pour Saint Augustin, est donc de mise, mieux vaut ne pas chuter, et, choisir de s’ancrer dans une vie mieux réglée, mieux dirigée, est-ce la « bonne vie » ? dont, il nous dit que « même la mort n’est pas un mal quand elle succède à une bonne vie » (chapitre XI), une vie de chrétien tout simplement.     

    Sur ce sujet, Jean-Claude ESLIN, en sa qualité d’écrivain/ traducteur, dans la partie finale de son introduction (pré -citée), déclare, je cite :

« Dans cet espace de dialogue ou de discussion qu’il ouvre, Saint Augustin peut assez vite introduire ses positions : malheur et bonheur atteignent indifféremment les bons et les mauvais, mais ce qui importe, mais ce qui importe, ce n’est pas le fait de l’adversité ou du bonheur, mais l’usage (usus) qu’on en fait. « Du bon usage des maux temporels » deviendra un classique de la littérature chrétienne. Plutôt qu’aux chrétiens, les anciens romains nous apprennent à nous en prendre aux romains dépravés ! ».

 – fin de citation –

      Au chapitre VIII, page 42, Saint Augustin nous dit :

 « Pour les biens et maux temporels, elle (c’est-à-dire : la miséricorde divine) veut qu’ils soient communs aux uns et aux autres… » ( cf. fin de phrase)     

 Cette équité a été modulée, quelques phrases en amont,

  • comme pour préparer, adoucir la phrase énoncée ci-dessus, par l’annonce de la justice de Dieu, dans l’expression  de « Sa Miséricorde », celle qu’IL donne aux bons, pour « les soutenir » dans les épreuves de la vie humaine –

    en particulier par la phrase suivante:

« Et comme la miséricorde de Dieu embrasse les bons pour les soutenir, sa sévérité s’empare des méchants pour les châtier. »

 puis avec la phrase :

« Tant importe, non ce que l’on souffre, mais de quel cœur on souffre! », Saint Augustin tient à nous avertir que tout dépend de notre engagement, de la foi et de l’espérance qui nous habite;

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    Et Saint Augustin nous dit, que face à notre souffrance, c’est la façon     « de quel cœur on souffre » qui sera appréciée par Dieu,

    qui  saura reconnaître les bons, et leur accordera, dans leur épreuve, certaines consolations ou « faveurs temporelles ».

 Tout croyant peut donc espérer de Dieu de tels bienfaits, étant certain d’être connu du Père Créateur.

     Mais, dans le chapitre IX, qui suit, en page 44, Saint Augustin constate, de manière générale, que :

« Le mal est que ceux dont la vie témoigne d’une profonde horreur pour les exemples des méchants, épargnent les péchés de leurs frères, parce qu’ils appréhendent les inimitiés, parce qu’ils craignent d’être lésés dans des intérêts légitimes, il est vrai, mais trop chers à des hommes voyageurs en ce monde, guidés par l’espérance de la céleste patrie. »

    Alors, si nous savons accepter d’être des « voyageurs en ce monde », dont « l’espérance de la céleste patrie » devient la seule véritable espérance consolatrice, -nous animant de manière permanente-, alors, il sera plus aisé pour nous, de devenir ces hommes « bons » en cette vie, qui sont susceptibles de bénéficier de « la miséricorde de Dieu », sous réserve que nos prises de conscience nous conduisent, pas à pas, peu à peu, sur le  chemin de l’humble repentance qui permet seule de recevoir « la récompense céleste » des Saintes Ecritures évoquée supra.

 Mais encore, le passage de l’Evangile de St Matthieu -25-31 et suivants, dont la phrase retenue résume l’enseignement du Divin Sauveur sur l’existence de la récompense des justes et du châtiment des méchants, qui, n’auront l’un et l’autre, pas de fin, à savoir :

     « Et ceux-ci iront au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle ».

Ainsi, nous, les apprentis, les novices, les voyageurs de passage en ce monde, pour espérer une vie d’après, nous nous devons de devenir en premier lieu des hommes bons, justes ; cette liberté de transformation, d’évolution nous est offerte, elle est la seule condition pour accéder à l’éternité.   

      35

      Nous allons continuer de conforter la thèse de Saint Augustin, basée sur l’enseignement des Évangélistes, par le témoignage de Saint François de Sales, qui, dans son “Traité de l’Amour de Dieu”, chapitre 4, en 6ème partie intitulée:  

   « Voyageurs en cette vie », qui débute ainsi ce paragraphe :

« …voilà maintenant ce que je veux dire. Tous les hommes sont voyageurs en cette vie mortelle ; presque tous, nous sommes volontairement endormis à l’iniquité ; et Dieu, soleil et justice, darde sur tous très suffisamment et abondamment les rayons de ses inspirations ; il échauffe nos cœurs de ses bénédictions, touchant chacun des attraits de son amour…Ah !certes, ceux qui sont attirés, puis tirés, suivent l’inspiration, ont grande occasion de s’en réjouir mais non pas de s’en glorifier. …Mais quant à ceux qui dorment au sommeil du péché, ô Dieu ! qu’ils ont grande raison de se lamenter, de gémir, de pleurer et de regretter ! … »  fin de citation.   

 Puis, à son chapitre 7, en 10ème partie intitulée :

« Vivants, vous êtes morts », il fait, à son tour, référence au texte de Saint Paul aux Colossiens -3,3- : « vous êtes morts et votre vie est cachée en Christ »,

et, explique à Théotime, son interlocuteur 

 « c’est comme s’il eût dit : vous ne vivez plus en vous-mêmes….votre âme ne vit plus selon elle-même, mais au dessus d’elle-même… »…..

…. « Si nous sommes spirituels, nous quittons notre vie humaine pour vivre d’une autre vie plus éminente au-dessus de nous-mêmes, cachant toute cette vie nouvelle en Dieu avec Jésus-Christ, qui seul la voit, la connaît et la donne. Notre vie nouvelle c’est l’Amour céleste qui vivifie et anime notre âme, et cet amour est  caché en Dieu et en choses divines avec Jésus Christ.  ….et, quand, Jésus-Christ qui est notre amour, et par conséquent notre vie spirituelle, viendra paraître au jour du jugement, « alors, nous paraîtrons avec Lui en gloire » (Col.3,4) ; c’est-à-dire Jésus-Christ notre amour nous glorifiera nous communiquant sa félicité et splendeur.(VII,6) ».

     Alors, il nous donne à penser, que si nous avons eu à cœur en notre vie humaine de faire grandir une vie nouvelle, toute spirituelle*, toute tournée vers Jésus Christ, il nous sera possible de participer à “Sa Gloire”»  et résider en « Son Éternité »,

  36

*ce, dans le secret de notre intériorité, lieu seul où Dieu peut nous visiter, nous inspirer…habiter, si nous le désirons.

 Corrélation avec la « notion d’éternité » de Saint Augustin,

qui, dépasse l’apprentissage de la vie humaine, pourtant nécessaire et indispensable,

qui semble nous pousser à rechercher l’aspect éternel de nos êtres, et « à vivre au-dessus de nous-mêmes »,

 en entreprenant, par delà nous-mêmes, à créer« une vie nouvelle toute spirituelle », capable de faire de nousces justesàqui « la vie éternelle » est promise (c’est-à-dire « l’éternité » qui unit dans l’autre monde l’homme à la Gloire de Dieu).

      Ce « noviciat » ou apprentissage tant désiré par Saint Augustin est donc la voie, le chemin de notre humanité à nous conduire vers cette      « vie nouvelle toute spirituelle ».   

    En amont, Saint Augustin a posé le dilemme selon lequel    si nous remplissons la condition de vivre « une bonne vie », une vie chrétienne basée sur l’enseignement du Christ ( sur l’exemple, en toutes circonstances, qu’Il a montré à ses disciples comme aux païens) et d’en faire un “bon usage”,    alors l’éternité pouvait nous être offerte.  

  L’engagement et la volonté doivent en conséquence animer l’homme pour y tendre, Dieu étant dans l’attente d’une détermination sans faille de chacun, mais nous savons tous que nous ne pouvons y parvenir seuls sans l’aide du Secours Divin..

 Saint Augustin s’emploie ici à sensibiliser notre approche sur le fait que « les maux temporels » seront moins nombreux, moins douloureux, si notre vie est en harmonie avec notre foi, si tout y est mieux réfléchi, voulu, anticipé.  

  Car, « ces maux », de toute évidence, entraîneront dans leurs conséquences un type d’épreuves, qui sera moins lourd à supporter, encore, faut-il, que le croyant ne se précipite pas de manière excessive dans les tentations temporelles !    Saint Augustin nous incite donc « au bon usage », à la mesure…

     37

     Sur le thème précédemment évoqué par Saint Augustin, à propos de la mort que l’on ne doit ni se donner, ni donner, il déclare :

 « Et, si l’on excuse Samson de s’être enseveli lui-même avec les ennemis sous les ruines d’un édifice, c’est qu’il obéissait au commandement intérieur de l’Esprit qui, par lui, faisait des miracles » (fin du chapitre XXI) ;

    Voilà « le commandement intérieur de l’Esprit » agissant en l’homme,    La Force de l’Esprit de Dieu énoncée, apte à inspirer, à soutenir l’homme dans ses actes !   

     Nécessite que l’homme « obéisse »…il faut sûrement comprendre ce geste d’obéissance comme l’acceptation totale, confiante et inconditionnelle d’un être à son Créateur, par une action d’humilité envers DIEU !

      Entreprendre de  LUI « obéir » en toutes choses est un acte de foi.     (jusqu’à réaliser un geste qui paraît  tout-à-fait insensé -tel que qu’accepter de «s’ensevelir» pour se sauver- ! cf. supra),

   L’ESPRIT fait des « miracles », n’est-ce pas la foi de Paulin qui l’a sauvé?

 Comment, à partir de ses « maux », par l’épreuve ou la correction,  la condition humaine peut-elle espérer s’affranchir de sa bassesse, de ses manquements et correspondre à l’attente de Dieu ?

      Il est clair que Saint Augustin souhaite amener l’homme à considérer la dimension spirituelle comme liée à sa condition humaine; incitant chacun de ses contemporains, à plus forte raison tous les chrétiens de la nouvelle Rome, à rechercher une transformation dans sa vie.

      Car, l’homme, à l’exemple du Christ, est maître de lui-même ; il bénéficie de son libre arbitre en toutes choses ; il peut donc ajuster en son « château intérieur » (St Thérèse d’Avila) ainsi queles nécessaires modifications de ses perceptions, de ses réactions, de ses choix ou attentes, s’il admet qu’il tient sa vie de Dieu, et qu’il désire se livrer à Lui jusqu’à s’anéantir lui-même en créant un espace en son intériorité, –comme il a été précédemment relevé, qui soit digne de recevoir l’Esprit de son Créateur.   

      38

    De toute évidence pour Saint Augustin,  laprésence de l’Esprit divin en nous est la seule source d’inspiration, d’avancement et de délivrance ultime, mais, encore faut-il  vouloir aller vers LUI, et recommencer un chemin de vie différent.   

    Saint Augustin ravive ainsi « notre espérance », il nous dit que DIEU s’intéresse à nous, que la RENCONTRE est possible, par delà Sa Perfection divine et notre indignité, nous sommes liés « à Notre Roi ».

     Et, ne va-t-« elle » pas (la famille chrétienne) compromettre, par ses agissements, ses lâchetés, la dimension même de « son éternité » à venir ?

    Saint Augustin nous met donc d’emblée face à nos choix de vie temporelle, qui, d’après lui, seront déterminants pour assurer l’immortalité de notre âme dans « l’éternité ». 

    Où il est encore évoqué par l’auteur,cette  « récompense céleste », en page 49, toute fin du chapitre X :

 « Victime d‘une barbare incrédulité, un confesseur de la pauvreté sainte n’a pu souffrir sans recevoir une récompense céleste. »

   Cette finalité de «  récompense céleste », serait, à même, ultérieurement, d’embellir nos âmes, et de nous inclure dans « la cité de Dieu » ;      

      Redisons ici que si Saint Augustin revient plusieurs fois sur le même thème, avec insistance autour des mêmes idées, au cours de son développement écrit, c’est qu’il vise à nous demander d’être ferme, exigeant envers nous-mêmes, afin que nos actes  

–  dans la société où nous vivons (qui, à mon sens, n’est pas si éloignée de celle de Saint Augustin!), que l’on peut qualifier de pervertie, de jouissive, de mercantile… –     

 s’inscrivent, non seulement, dans une dimension morale, mais correspondent totalement à notre dimension spirituelle, comme éléments représentatifs, voire exemplaires de notre foi en Dieu, et, puissent être révélateurs du respect des croyants à La Loi Divine en ce monde, PUISQU’IL EN VA DE NOTRE DEVENIR EN DIEU OU PAS.   

      Il n’hésite pas à utiliser tout ce qu’il peut comme injonction, argument etc.. Saint Augustin VEUT NOUS SAUVER !

  39    

      En nous invitant à entreprendre un chemin de foi dans le monde pour témoigner du message du Christ, il nous incite à mener, en même temps, une conversion intérieure à Sa Rencontre.

 Pour Conclure,

     On ne pourra jamais dire de Saint Augustin qu’il n’a pas entrebâillé  les portes intérieures de la foi afin qu’à sa suite, nous les poussions;

     On ne pourra jamais dire non plus qu’il s’attarde sur des aspects décourageants ou complexes, il les évoque tout au plus, au rythme de son argumentation, avec des moyens, me semble-t-il, à notre portée ;

    Au contraire, on pourra toujours dire qu’il sait trouver les formules, les comparaisons, les oppositions, les provocations, afin de faire jaillir des effets positifs dans nos perceptions, nos comportements, nous poussant dans nos retranchements les plus profonds.     

     On pourra aussi dire que Saint Augustin, en son temps, s’il a su apporter des thèses susceptibles de défendre la foi chrétienne, par des constats sans concession, afin d’interpeller ses contemporains, aujourd’hui, il faut reconnaître que toutes ces thèses sont encore d’actualité, sa pensée continuant à nous mettre au défi d’avancer.

     Car, nos sociétés n’ont cessé de prôner l’égoïsme, la richesse, la puissance, et, au cours des siècles se sont montrées toujours autant cruelles, désenchantées;

      Que pourtant elles peuvent être si belles parfois, il suffit de si peu de choses pour réveiller le meilleur qui est en nous tous.    

 40

 Il était important pour moi,

d’apporter ma perception sur ces textes de Saint Augustin, en toute humilité, en mettant en lumière le thème du  « Noviciat d’éternité »,    

 de faire ressortir son diagnostic sur « les maux » de nos vies humaines pour mieux  les évincer, nous disant qu’être chrétien, dans un monde « païen » (de nos jours, on parle plus aisément de profane, ou de laïc) exige un “apprentissage” tant humain que spirituel, qui se décline, par et avec, la Foi en Christ.

   Osez tout entreprendre dans l’espérance « du bien » à venir, c’est surtout répondre à l’Espérance que Dieu a pour nous.

« JE CROIS EN DIEU, JE CROIS EN L’HOMME. JE NE RÊVE QUE D’UNE CHOSE QUE LES HOMMES ATTRAPENT L’ESPERANCE POUR QU’ILS AIENT L’IMPRESSION D’EXISTER »    nous a déclaré Robert Hossein ( acteur et réalisateur).  

      En effet, faire germer les rayonnements insoupçonnés de la foi, de l’espérance, c’est ce que n’ont jamais cessé d’entreprendre, dans l’ombre ou la lumière de nombreuses femmes et hommes, laïques ou religieux, pour leurs contemporains, ce, depuis des décennies ( à l’exemple de Saint Augustin), sur tous les fronts de la société : œuvres caritatives, ouvrages, films,  

 dans le seul but d’éveiller par leur témoignage, leur source d’inspiration, leur dévouement, toute à la fois le véritable sens de notre humanité, de ses devoirs à ses engagements, et d’entraîner chacun à la nécessaire évolution de sa vision du monde, des autres et parallèlement de sa propre spiritualité, en particulier par le message christique, message de l’Espérance par excellence.

    Jean-Paul II, après Jésus, nous a encouragés par son propos : «  N’ayez pas peur ! »

   41

 Si je n’ai jamais eu de crainte, j’ai connu le désespoir, celui de ne pas savoir où mes pas m’emmenaient, celui de ne pas comprendre, ni le monde, ni moi-même, il a fallu sortir de ces états stériles, vains, douloureux, parfois même mortifères ;

      Et si je pense, par la Grâce de Dieu, avoir trouvé un chemin de vie positif qui lie humanité et spiritualité….rien n’est impossible à chacun !

  Aussi, comment ne pas inciter tous à  :

    .accepter de dépendre de Dieu, à aller vers LUI par la prière, la louange, sans rien attendre d’autre que de vouloir LUI plaire, et se mettre à SA disposition;

   .accepter de devenir un autre, de réaliser les changements indispensables à cette mue – capables seuls de transformer son être- , à l’ouvrir vers d’autres objectifs en changeant le rapport à soi-même, aux autres, à l’univers pour donner de soi, de l’amour inconditionnel, de la compassion;

   .se laisser traverser, transcender par LUI, en LUI,  jusqu’à ce que sa propre existence dépasse ses propres choix, ses propres rêves.

  Voilà le chemin sur lequel nous invite, vous invite  les Grands SAINTS   – à l’instar de Saint Augustin dans ses œuvres-, eux, qui, en leur humanité, ont été des hommes accomplis, il convient d’apprendre à les suivre, humblement, sans a- priori, sans retenue, (comme en son temps).

 L’un, par sa vie ou le contenu de son témoignage, de ses livres, est en mesure de susciter une réaction ou une pensée, puis par l’exemple d’un autre, une toute autre chose : réflexion ou acte, et peut-être qu’un désir spirituel va naître à votre insu…

   Tels des  petits cailloux sur votre chemin « de Compostelle » personnel, qui vont soudain vous emporter –avec la route ou sans la routesur ce chemin intérieur     ( d’une autre nature certes….) extrêmement fécond, profond…parce que vous n’y serez pas seul !

   42

  Le  « NOVICIAT D’ÉTERNITÉ » commence …. avec le courage, les forces de dépassement et “la foi en bandoulière!

 FIN

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 ***     

Temps de Lectures

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  • Psaumes
  • Textes Evangéliques
  • Prières et Exercices
  • Œuvres de Saint Augustin : Les Confession, La Cité de Dieu / Edition du Seuil, collection Sagesse
  • Lettres et Œuvres  (2tomes) /  Sainte Thérèse d’Avila / Edition du Cerf
  • Le Cantique Spirituel     / Saint Jean de La Croix /  Edition du Seuil
  • La Vive Flamme d’Amour /   Saint Jean de la Croix /  Edition du Seuil
  • J’espère en Ton Royaume aujourd’hui /      Saint Augustin / Edition du Centurion

     (collect.fontaine vive)

  • Réjouissez-vous et Soyez dans l’allégresse  / Saint Augustin / Edition du Centurion

    (collect.fontaine vive)

  • Traité de l’Amour Divin /  Saint François de Sales / MédiasPaul
  • Introduction à la vie dévote / Saint François de Sales / Edition du Seuil
  • Entrez dans l’Espérance    /  Jean-Paul II   /  Edition Plon-Mame
  • Je crois au Saint Esprit  / Père Mercier / les Imprimeries Réunies (Moulins-Yzeure)
  • Joie de Croire  Joie de Vivre  / Père François Varillon / Edition du Centurion
  • A  l’écoute du Père Michalon  « la vie nouvelle » / Abbaye Bénédictine de la Rochette

  (73)Belmont-Tramonet

  • La Puissance de la Prière / Jean Lafrance / Abbaye Scholastique (81) Dourgues
  • Mon Dieu, dont je suis sûr  / Jacques Loew  / Edition Fayard-Mame
  • Evangélisation des profondeurs – Reviens à la Vie –  Oses la Vie (3tomes)

     /   Simone Pacot  /  Edition du Cerf

  • Les grands initiés / Osario/ Edition Labussière
  • Messages et enseignements de l’Ange Gardien / Joëlle Hermès / Edition du Rocher

  (collect. l’âge du verseau)

     *****